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Huit classes ardéchoises ont mené à bien un projet fou : celui de reproduire dans Minecraft Éducation cette cité romaine située en Ardèche. Des mois de travail enthousiaste sous la houlette des enseignants, du musée et site archéologique MuséAl, du réseau Canopé et de la Direction des services départementaux de l’éducation nationale (DSDEN) de l’Ardèche.

Thomas Pagotto n’aurait sans doute jamais imaginé devenir un jour chef de chantier archéologique dans un jeu vidéo ! Rien dans le parcours de cet ancien politique – après des études à Sciences-Po, il a été collaborateur de cabinet en région parisienne – devenu professeur des écoles il y a une dizaine d’années ne le destinait à cela.

Comme souvent, le hasard de la vie s’en est mêlé. « J’ai découvert Alba Helviorum quand j’ai déménagé en Ardèche, relate l’enseignant. Le musée départemental a ouvert une semaine après mon emménagement. J’ai pris contact avec l’équipe et mené plusieurs projets avec eux, notamment l’écriture par mes élèves d’un livre dont vous êtes le héros il y a deux ans. Je réfléchissais à ce que je pouvais bien faire de plus, puis l’idée de reproduire la cité antique dans Minecraft m’est venue ». Comment le lien avec le jeu vidéo s’est-il fait ? « Je connaissais Minecraft depuis longtemps, mais j’en ai découvert le potentiel pédagogique avec la sortie de l’édition Éducation. Cette version comprend tous les outils pour un travail collaboratif poussé des élèves sous l’encadrement de leur professeur. C’est elle qui a été le déclic, c’est en la découvrant que je me suis dit qu’il y avait peut-être quelque chose à faire en lien avec Alba », explique-t-il encore.

Rapidement, Thomas élabore son projet. Une composante essentielle à ses yeux est la collaboration : « j’aurais très bien pu faire cela seul avec ma classe, ça aurait sans doute été plus rapide et plus facile, mais je tenais à impliquer d’autres enseignants de la région. Je crois fermement que pour relever le défi qui est le nôtre dans cette révolution numérique, c’est-à-dire rendre les élèves acteurs mais aussi critiques du numérique, il faut commencer par les enseignants ! Nous avons ensemble un rôle essentiel à jouer pour enrayer la reproduction sociale ».

Thomas convainc huit collègues de le suivre dans cette aventure – sept enseignent dans des classes de primaire et un est professeur d’histoire et géographie en sixième. « Une des classes de primaire s’est finalement désistée, ce qui fait que nous avons mené le projet à huit classes réparties dans cinq écoles, pour un total d’environ 140 élèves, précise Thomas. Et sur ces huit classes, deux étaient des classes d’Ulis ».

Un projet de coéducation à l’échelle régionale

La première étape pour Thomas consiste à trouver des partenaires. « Je ne voulais pas d’un projet exclusivement estampillé Éducation Nationale, d’autant plus que la DSDEN souhaite développer la notion de coéducation, explique l’enseignant. À mes yeux, il était évidemment indispensable d’impliquer le musée d’Alba-la-Romaine, qui nous a aidés en nous fournissant la matière archéologique et en nous présentant des experts tout au long de la reconstitution. Le réseau Canopé régional nous a aussi aidés en organisant une formation pour les enseignants, en nous prêtant du matériel informatique – 2 à 3 tablettes tactiles par classe – et en administrant un serveur Minecraft Éducation dédié au projet pour permettre aux classes de travailler toutes ensemble en même temps. La communauté de communes Ardèche-Rhône-Coiron a pris en charge les transports des élèves lors des sorties au musée, et nous avons même créé une association de vulgarisation scientifique à Rochemaure pour l’occasion : c’est elle qui a repris le bâtiment du forum, abandonné par la classe qui s’était désistée… Une professeure de musique de l’école départementale et des parents d’élèves ont aidé ma classe à faire le générique de notre projet, avec les maquettes de Lego qui émergent du sol comme dans Game of Thrones … C’est un véritable projet communautaire ! », s’amuse-t-il.

Une fois tout cela en place, le travail a réellement pu commencer. Les classes se sont partagé les bâtiments à reconstituer. Celle de Thomas a choisi le théâtre, le joyau du site, mais aussi le plus difficile à modéliser. « Cela a permis d’aborder de nombreuses notions, détaille Thomas. Pour le théâtre, il a par exemple fallu comprendre comment créer un arc de cercle avec des pièces cubiques. Nous avons énormément travaillé les notions d’échelle, de proportionnalité et de fractions, en plus bien sûr du travail sur l’Histoire et sur le Français à travers l’écriture des textes pour les personnages non joueurs que le public allait rencontrer dans le monde virtuel ».

La méthode retenue pour aborder ces notions est simple : sur la base des plans au 1/1500e fournis par le musée, les élèves ont d’abord réalisé des maquettes en Lego à l’échelle 1/200e avant de les transposer dans le jeu à l’échelle 1. « Découvrir ces notions d’échelle et de proportionnalité en jouant et dans le cadre d’un véritable projet, avec un vrai public à la clé, a permis aux élèves se les approprier facilement et avec enthousiasme », estime Thomas.
L’enthousiasme, justement, est sans doute le maître-mot ici. Certains élèves qui connaissaient déjà Minecraft ont aidé les autres. Ils ont appris à travailler ensemble, classe par classe mais aussi entre classes éloignées. Les deux classes d’Ulis ont particulièrement bien participé, ce qui aussi est un grand motif de satisfaction pour Thomas. « En fait, le plus gros souci, comme souvent, ç’a été la répartition des tâches : tout le monde voulait tout faire ! », sourit l’enseignant.

Du côté des parents, Thomas a pris le temps d’expliquer la démarche pédagogique du projet. À ceux qui ne voyaient pas forcément d’un bon œil l’introduction d’un jeu vidéo dans la classe, il a expliqué que cela ne représenterait que quelques heures par semaine à la fin du processus de création, l’essentiel de la recherche documentaire et du travail se faisant en cours normal ou au musée. Tous ont adhéré.

Sur la base des plans au 1/1500e fournis par le musée, les élèves ont d’abord réalisé des maquettes en Lego à l’échelle 1/200e (ici, en médaillon) avant de les transposer dans le jeu à l’échelle 1.

« Je connaissais Minecraft depuis longtemps, mais j’en ai découvert le potentiel pédagogique avec la sortie de l’édition Éducation. Elle comprend tous les outils pour un travail collaboratif poussé des élèves sous l’encadrement de leur professeur » Thomas Pagotto, enseignant

Visite virtuelle et impression 3D

Juin 2018, point d’orgue du projet : la restitution au MuséAl, sous la forme d’ateliers gérés par les élèves et d’une visite virtuelle commentée en direct par les enfants, en présence d’élus et de personnalités de la région. « On a même utilisé la fonction d’export des modèles de Minecraft pour imprimer quelques bâtiments en 3D ! », lance Thomas. Un grand moment de satisfaction et de fierté pour tous les participants, et un record d’affluence pour le musée, qui n’avait jamais vu autant de monde !
Depuis, le musée départemental diffuse en son sein un film composé du fameux « générique » et d’une visite virtuelle commentée qui permet la confrontation des vestiges à la reconstitution dans le jeu. « Des classes qui reproduisent leur école, leur quartier ou des bâtiments historiques, ça existe, mais qu’il y ait une visite possible par un public réel en partenariat avec une structure culturelle, à ma connaissance ça n’avait jamais été fait », se réjouit Thomas.
Et notre enseignant ne compte pas en rester là : il part enseigner pendant une année aux États-Unis, à l’école Fox Hollow Elementary, située à West Jordan (Utah). « Cette école est voisine de la plus grande mine à ciel ouvert du monde… Et il y a aussi l’emblématique temple Mormon de Salt Lake City, intrinsèquement lié à l’histoire de pionniers de l’Utah… Ce serait un vrai challenge que de reproduire ces structures dans Minecraft ! », s’enflamme déjà l’enseignant.
Pour réaliser ce rêve, Thomas pourra toujours compter sur la communauté Microsoft Education : le projet Albacraft lui a en effet valu d’être certifié Microsoft Innovative Educator (MIE) Expert et Global Mentor Minecraft. C’est pour lui l’accès à des ressources et à des expertises qui lui seront très précieuses.