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Plan numérique pour l’éducation : quels sont les premiers retours d’expérience ?

Pour faire avancer la place du numérique dans le système éducatif, le ministère de l’Education nationale a choisi d’équiper plusieurs centaines de collèges préfigurateurs avant de passer à un déploiement plus global. Choisis sur la base de projets préalables soutenus par les collectivités territoriales et les rectorats, ces établissements se sont engagés à expérimenter « de nouvelles formes d’enseignement et d’apprentissage grâce au numérique ».

Mais, de la dotation matérielle aux réalités pédagogiques, il y a parfois un écart. Comment les équipes de terrain parviennent-elles à mettre en place le projet ministériel ? Le salon Educatec-Educatice, qui se tenait à Paris du 9 au 11 mars 2016, a réuni des représentants du gouvernement, comme Mathieu Jeandron, Directeur du Numérique pour l’Education, et des acteurs locaux tels que Jean-Pierre Quignaux, Conseiller Innovation à l’Assemblée des Départements de France, Yannick Boehmann, Directeur des systèmes d’information de la ville et de l’agglomération de Mulhouse et José Giudicelli, Délégué Académique au Numérique de l’académie de Corse. Nous avons recueilli leurs différents points de vue.

La conférence d’ouverture d’Educatec-Educatice était l’occasion pour Mathieu Jeandron, Directeur du Numérique pour l’Education (DNE), de rappeler l’importance du plan numérique pour l’éducation, une démarche de transformation profonde de l’enseignement qui implique un véritable changement de posture pédagogique :

« Le plan numérique, c’est la mutation du système éducatif vers l’école de demain. Les élèves doivent comprendre le monde numérique et pouvoir se préparer à un avenir professionnel dans lequel la culture numérique est omniprésente. »

Pour cela, trois piliers fondateurs : la formation des enseignants, la mise à disposition de ressources pédagogiques et le déploiement de matériel, parallèlement à la consolidation des infrastructures. Avec 40% des élèves de 5e concernés à la rentrée 2016 et plus de 700 millions d’euros débloqués sur 3 ans pour l’achat d’équipement et la mise à disposition de ressources, Mathieu Jeandron évoque la volonté d’un « choc de transformation ».

Si, dès septembre 2016, plus de 750 collèges bénéficieront des subventions de l’Etat, en 2015, une première vague avait déjà permis d’équiper plusieurs centaines d’établissements. Des collèges préfigurateurs qui peuvent aujourd’hui donner le ton de l’évolution du plan.

=> A lire aussi : Collèges connectés : quel bilan peut-on en tirer ?

Pour le Directeur du Numérique pour l’Education, même si, à l’heure actuelle, seuls les collèges sont concernés, la démarche est celle d’un plan continu : « Si on essaye de traiter l’ensemble du territoire avec le même niveau d’impulsion, nous devrons faire face à une dilution de l’effort assez dommageable, explique Mathieu Jeandron. Le choix du collège, par défaut, met à l’écart ce qui est avant ou après… Mais ce n’est que partie remise ! »

Ainsi, même si les termes – informatique, TICE, pédagogie numérique… – se succèdent et s’empilent en raison des changements rapides des technologies, selon Mathieu Jeandron, l’important est de veiller à acquérir les fondamentaux qui aideront à construire des projets toujours plus agiles, capables d’évoluer avec les différents outils. Pour cela, explique-t-il, il est essentiel de travailler avec les acteurs de terrain : la transformation ne pourra se faire qu’avec un investissement humain important, aussi bien de la part des enseignants que des académies.

« Il faut regarder ce qu’apporte le numérique dans chaque matière, recenser les bonnes pratiques et les relayer, en les ouvrant à des partenaires extérieurs qui pourront eux aussi apporter leur expertise », recommande Mathieu Jeandron. Un constat partagé par Jean-Pierre Quignaux, Conseiller Innovation à l’Assemblée des Départements de France (ADF), pour qui le numérique est un véritable défi éducatif, qui permet de « faire tomber les murs en créant de nouveaux dialogues entre établissements, les collectivités locales mais aussi les univers de l’associatif et du périscolaire ».

Le numérique à l’école, entre priorités et contraintes

Pour décliner le plan ministériel au niveau local, Jean-Pierre Quignaux évoque la possibilité de mutualiser (achats groupés, maintenance, relai entre primaire et secondaire…) entre les différents niveaux de collectivité. Il soulève alors un point crucial : le financement.

En effet, même si, dans les départements, le numérique et l’éducation sont des sujets prioritaires, le projet s’inscrit dans un contexte économique très contraint. Par exemple, si les subventions de l’Etat sont de 380 euros pour les enseignants et 190 euros pour les élèves, elles ne concernent que l’équipement individuel (auquel on ajoute 30 euros, par enseignant et par élève, pour les ressources numériques). Tous les autres frais – mise à niveau des infrastructures et renforcement du débit Internet et du câblage –  sont à la charge des collectivités. Cette « vérité des chiffres », comme l’appelle Jean-Pierre Quignaux, est d’ailleurs l’une des principales critiques concernant le plan numérique.

« Ce qui nous intéresse, explique le représentant de l’ADF, c’est qu’un collège n’avance pas tout seul mais se préoccupe des établissements voisins. » L’idée sous-jacente ? Eviter d’accentuer les disparités entre des établissements déjà très avancés qui profitent du plan numérique pour s’équiper encore davantage et d’autres qui n’ont pas les moyens d’évoluer.

Le numérique à l’école, entre priorités et contraintes

Grâce au plan numérique, Mulhouse passe à la vitesse supérieure

Qu’en pensent ceux qui vivent au quotidien, sur le terrain, l’arrivée du numérique à l’école ? Dans les allées d’Educatec-Educatice, nous avons recueilli le retour d’expérience de Yannick Boehmann, Directeur des systèmes d’information de la ville et de l’agglomération de Mulhouse.

Dans la sous-préfecture du Haut-Rhin, le numérique est un axe de développement prioritaire. Depuis 2012, la ville s’investit dans l’apprentissage grâce au numérique avec notamment le « projet Kléber » : une école dans laquelle 15 classes ont été équipées de 14 tablettes, d’un PC portable destiné à l’enseignant, d’un vidéoprojecteur interactif et de Wifi haut débit. Grâce au plan numérique, Mulhouse a pu passer à la vitesse supérieure, en équipant 3 nouvelles écoles avec le même type de matériel.

Concernant l’accompagnement pédagogique, la ville travaille main dans la main avec l’Education nationale. Côté technique, Microsoft, fournisseur des tablettes et de la solution cloud déployées dans les écoles, a délégué des formateurs sur place. Leur mission : passer du temps avec les enseignants et les guider dans l’utilisation des outils mis à leur disposition. Dans un second temps, il a également fallu expliquer aux Professeurs Ressources au Numérique Educatif (PRNE) comment administrer les tablettes afin qu’ils puissent bénéficier d’une autonomie au quotidien. Aujourd’hui, comme ils apprécient les outils qui leur ont été fournis, ils sont moteurs pour emmener avec eux des collègues.

A Mulhouse, ce déploiement du numérique est un moyen de lutter contre le décrochage scolaire mais aussi d’acculturer les jeunes au numérique pour créer une appétence qui les poussera éventuellement à poursuivre leur formation dans ce domaine. Dans une agglomération qui compte plus de cent trente nationalités, le numérique fait également tomber de nombreuses barrières, constate Yannick Boehmann : « Quand on donne une tablette à un enfant, il va vouloir l’utiliser, quelle que soit la langue. Cela leur permet aussi d’échanger entre eux d’une façon très simple. »

C’est aussi un outil pour « faire sortir l’école de ses murs : l’enfant peut utiliser la tablette à la maison et montrer son travail à ses parents, ce qui crée une certaine fierté et une dynamique positive ».

Dans l’académie de Corse, le plan numérique est une première impulsion… et une petite révolution 

Autre acteur de terrain présent au salon Educatec-Educatice : José Giudicelli. Le Délégué Académique au Numérique (DAN) de l’académie de Corse a pour ambition de faire adhérer l’ensemble des collèges de l’île au plan ministériel en faisant entrer les pratiques numériques progressivement dans les enseignements.

Pour cela, il travaille avec un premier panel de 5 collèges préfigurateurs. En tant que DAN, il assure la coordination du projet, en étroite relation avec la DSI et les collectivités locales. L’objectif est de faire avancer ensemble toutes ces catégories de personnels.

« Le numérique est une vraie révolution, affirme José Giudicelli. Il ne s’agit pas juste d’installer des outils dans les classes, mais aussi de changer les méthodes pédagogiques : la tablette est un vecteur qui permet de modifier complètement la façon d’enseigner. »

Pour le déploiement sur le terrain, l’accompagnement est essentiel. Le DAN explique avoir mis en place un plan de formation destiné à l’ensemble des enseignants : « Ce plan de formation va de la prise en main de la tablette – pour les moins agiles avec ce type de matériel –  à la construction d’un cours avec une tablette. »

En effet, avec le numérique, « l’appréhension du cours est complètement différente pour l’enseignants comme pour l’élève : c’est pour ça que l’accompagnement technique et pédagogique est primordial ».

L’académie a choisi Microsoft pour une raison de cohérence technique : « L’essentiel de notre parc fixe est Microsoft, nous nous sommes donc dit que des tablettes de la même marque n’allaient pas désarçonner les enseignants les plus en difficulté sur les sujets numériques puisqu’ils travaillaient déjà avec l’écosystème. »

Autre élément très apprécié : l’accompagnement technique fourni par le constructeur lors du déploiement et du portage du projet.

La suite ? La Corse souhaite aller au-delà des recommandations nationales et diffuser les pratiques numériques dans tous établissements scolaires : collèges, lycées et écoles primaires. « Cela peut être multiforme, précise José Giudicelli. Il ne s’agira pas forcément uniquement de tablettes, mais aussi de vidéoprojecteurs interactifs, de tableaux numériques, d’espaces numériques de travail (ENT)…  Nous voulons faire entrer le monde actuel dans l’école avec une diversification des usages et des outils numériques. »